Une nouvelle filière du renouvellement urbain : « l’intensification pavillonnaire » ou « la densification par la maison individuelle ».
Un projet de recherche sélectionné en 2009 par l’Agence nationale de la recherche (ANR) dans le cadre de son appel à projets « Villes Durables », rassemblant dix partenaires publics.
Une démarche nationale et « open source », initiée et expérimentée par un large éventail d’institutions et d’organismes contribuant actuellement à l’émergence de la filière Bimby.
Une hypothèse de départ : et si habitants, techniciens, élus, à eux tous pouvaient mobiliser le foncier existant et financer une nouvelle offre de logements individuels dans les quartiers pavillonnaires ?
BIMBY — Built In My BackYard : filière d’intensification pavillonnaire visant la densification par la maison individuelle. Initiée comme une réponse aux enjeux de renouvellement urbain, la démarche BIMBY propose d’explorer les potentialités foncières des jardins et parcelles privées pour créer une nouvelle offre de logements individuels, tout en préservant la qualité de vie des quartiers pavillonnaires.
Le projet retenu en 2009 par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) dans le cadre de l’appel à projets « Villes Durables » a permis de structurer une réflexion collective réunissant acteurs publics, bureaux d’études, collectivités et chercheurs. Cette sélection a favorisé l’émergence d’une méthodologie partagée : diagnostic du tissu pavillonnaire, identification des typologies de parcelles propices à la densification, scénarios d’implantation et modèles économiques adaptés aux contextes locaux.
La démarche BIMBY se caractérise par son approche open source : outils, retours d’expérience, guides méthodologiques et études de cas sont partagés pour faciliter la reproduction et l’adaptation des solutions. Cette mise en commun vise à réduire les freins techniques et administratifs, à diffuser des bonnes pratiques de conception bioclimatique et à proposer des modèles contractuels pour sécuriser les opérations entre propriétaires, collectivités et opérateurs.
Sur le plan opérationnel, BIMBY repose sur une mobilisation collective : habitants, élus, techniciens et acteurs économiques sont invités à co-construire des projets. L’hypothèse de départ consiste à considérer le foncier privé comme une ressource mobilisable, sous réserve d’un cadre incitatif et d’une ingénierie adaptée. Les opérations peuvent prendre des formes variées : division parcellaire, surélévation, construction en fond de parcelle, ou création de petits collectifs intégrés au tissu existant.
Les bénéfices attendus sont multiples : augmentation de l’offre de logements sans consommation d’espaces agricoles ou naturels, diversification de l’offre résidentielle, revitalisation des quartiers et optimisation des infrastructures existantes. Par ailleurs, la densification maîtrisée permet de limiter l’étalement urbain, de réduire les besoins de déplacement et de favoriser des modes de vie plus durables.
Les freins identifiés sont d’ordre réglementaire, technique, économique et social. Les règles d’urbanisme locales (PLU, coefficients d’occupation, hauteurs autorisées) peuvent limiter les possibilités de densification. Sur le plan technique, la division parcellaire et l’adaptation des réseaux exigent des études spécifiques. Économiquement, la viabilisation et la redistribution de la valeur foncière nécessitent des mécanismes de partage équitables entre propriétaires et promoteurs. Socialement, la question de l’acceptation par les riverains et la préservation de la qualité paysagère sont centrales.
Pour lever ces obstacles, la démarche propose des leviers concrets : adaptation des documents d’urbanisme pour intégrer des règles favorables à la densification douce, dispositifs d’incitation financière (subventions, prêts bonifiés), modèles contractuels clairs (bail à construction, convention d’occupation) et assistance technique pour les propriétaires (diagnostics, études de faisabilité, accompagnement à l’autoconstruction). La concertation locale et les expérimentations pilotes jouent un rôle clé pour démontrer la faisabilité et ajuster les solutions.
Sur le plan de la conception, BIMBY encourage des principes bioclimatiques et de sobriété : optimisation de l’orientation, isolation performante, recours aux matériaux locaux et biosourcés, gestion des eaux pluviales par solutions végétalisées et intégration d’espaces extérieurs partagés. Ces choix visent à garantir la qualité d’usage des nouveaux logements tout en limitant l’empreinte environnementale des opérations.
Des retours d’expérience montrent que les opérations réussies combinent une ingénierie financière adaptée, une forte implication des propriétaires et une capacité d’innovation des collectivités. Les projets pilotes ont permis d’affiner des outils de montage et de proposer des catalogues de typologies constructives reproductibles. La capitalisation de ces expériences, via des plateformes open source, facilite la diffusion des savoir-faire et la montée en compétence des acteurs locaux.
En conclusion, BIMBY représente une piste prometteuse pour densifier les tissus pavillonnaires de manière durable et respectueuse du cadre de vie. Sa réussite dépend toutefois d’une articulation fine entre politiques publiques, dispositifs financiers, ingénierie technique et acceptation sociale. La généralisation de la filière passe par la formalisation d’outils opérationnels, la mise en place d’expérimentations locales et la diffusion des retours d’expérience pour inspirer des projets adaptés aux territoires.